A l'opposé de l'anthropologie matérialiste inspirée par la physique de Leucippe et développée par Démocrite (et plus tard Épicure ), on retrouve le spiritualisme radical de Platon , qui se présente comme un dualisme tout à fait conforme à la conception de l'astronomie grecque de cette époque.
En effet, les Grecs avaient développé un système explicatif du monde géocentrique dans lequel la Terre se trouve immobile au centre du monde et où les astres tournent autour de la Terre pour des raisons de symétrie et de beauté géométrique. Ces astres sont supportées par un certain nombre de sphères solidaires. (On peut en compter jusqu'à 56)
Dans ce monde sans aucun vide (contrairement à la conception de Démocrite) il existe deux régions hétérogènes:
1. le monde céleste, supralunaire, supérieur, incorruptible, astral; lieu où il n'y a pas de génération ni de corruption; lieu des dieux, des esprits, dont la vie est éternelle qui s'y meuvent d'un mouvement régulier, parfait, circulaire. Le mouvement est cyclique, donc le temps est cyclique, i.e. sans fin et le symbole de la perfection.
2. Le monde
terrestre, sublunaire, inférieur, corruptible. Lieu du changement,
de la génération et de la corruption; siège de tout
devenir. Lieu de l'imperfection, du changement, de l'éphémère.
Il se définit par le haut et le bas en fonction du centre et de la
surface de la Terre. C'est le lieu du mouvement rectiligne. Le mouvement
est local, et le temps linéaire, i.e. qu'il a un début et une
fin.
Les corps sont composés d'un mélange de 4 éléments: le feu, l'air, l'eau et la terre. Les corps tendent vers leur lieu naturel: mouvement rectiligne vers le haut ou vers le bas.
Il n'est donc pas étonnant que la conception de l'homme chez Platon reflète cette dualité où le corps et l'âme sont deux réalités distinctes, deux substances indépendantes unies accidentellement. L'âme doit composer avec son corps, enveloppe charnelle. L'âme se trouve comme dans un corps-prison.
Inspiré par le culte orphique et les idées pythagoriciennes, il reprend la conception de l'immortalité de l'âme: l'âme est une substance homogène comparable aux idées immuables. Comme l'âme connaît les Idées, elle est semblable à l'être pur et a même origine; elle est immortelle puisqu'elle est simple et ne se décompose pas.
L'âme a existé avant d'être sur Terre ainsi qu'elle existera après la mort. C'est la thèse de l'anamnèse où l'âme provient de la sphère du divin, du raisonnable et prend une forme corporelle. Le but de la vie terrestre est le retour de l'âme à son état originel.
D'autre part,
il est intéressant de noter que Platon développe une conception
tripartite de l'âme humaine en ayant recours au
mythe de l'attelage ailé
pour expliquer la lutte intérieure de l'homme et aussi son
recommencement.
Ce mythe raconte comment l'âme (en Phèdre 246-248) ayant une préexistence céleste où elle contemple les essences, est semblable à un attelage et un cocher ailés: les deux chevaux, celui des passion et celui des instincts sont en lutte et ont peine à se maintenir dans les hauteurs sous la conduite de la raison (le cocher) à tel point qu'ils retombent finalement en s'incarnant pour le courage dans le Coeur, les instincts dans le bas du ventre et la raison dans la tête. Et voici l'homme vivant une âme tripartite dans un corps-enveloppe qui gène l'activité intellectuelle.
On peut donc dire que cette conception de l'homme est radicalement spiritualiste, qu'elle justifie la transcendance mais en même temps un certain pessimisme à l'égard du corps. On remarquer aussi, que ce spiritualisme dualiste se retrouvera non seulement chez St Augustin , mais encore chez Descartes , à une différence près. En effet, pour Platon, l'homme meurt au moment où l'âme se détache du corps et retourne vers le monde céleste tandis que pour Descartes, l'homme meurt au moment où les esprits animaux cessent d'animer le corps.
Note: Images tirées de L'Atlas
de la philosophie
Édition Encyclopédies d'aujourd'hui
ISBN 2-2530-65110
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